6 septembre 2010 - FRANCE MASSY/Nouvelliste VINEASacrée Cave historique de l'édition 2010, la cave Albert Mathier&Fils SA à Salquenen a défrayé la chronique ces derniers mois, notamment grâce à la vinification en amphores.
Fondée en 1928 - bien qu'un document datant de 1906 atteste déjà de fabrication de vin par la famille - cette maison familiale surprend sa clientèle - à 90% suisse alémanique - par un dynamisme peu courant. C'est à elle que l'on doit le premier vin suisse: en 2004, la cuvée Tre Talenti réunit de façon inédite un merlot de Claudio Tamborini (TI), un pinot noir d'Eugen Bärtsch (SG) et un cornalin de la cave Albert Mathier. C'est elle encore qui crée le Domaine de Ravoire, une société anonyme ouverte aux amateurs de vin, on la retrouve membre de la charte «vin pur» scellant une collaboration avec trois autres producteurs valaisans...
Et là voilà qui veut nous faire boire du vin vinifié de façon la plus naturelle possible, en amphores.
Le coup des amphores
Amédée Mathier s'est laissé séduire par ce type de vinification lors d'un voyage en Géorgie. Une partie de sa vendange 2009 - de la rèze, de l'ermitage, une petite arvine douce et un cornalin - ont donc tâté six mois de l'amphore importée directement de Géorgie. Ces vins se reposent aujourd'hui dans des fûts de cerisier ou d'acacia. Nous étions parmi les premiers à les goûter samedi. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils nous ont surpris. La robe or-cuivré de l'assemblage rèze-ermitage est envoûtante. Le nez fleure le raisin de Corinthe, la bouche marquée par l'oxydation n'a pas surpris les amateurs du Vin des glaciers, ni les connaisseurs de fino (Jerez) mais les arômes inédits et la finale acide n'ont pas toujours su convaincre. La petite arvine douce était plus aimable, plus civilisée... Nous n'avons pas dégusté le cornalin, Amédée Mathier n'étant pas convaincu du choix du cépage. «La masse tannique n'est pas suffisante, nous allons essayer cette année avec un autre cépage, du cabernet-franc peut-être, ou un assemblage...» Mais les vins ne sont pas encore terminés. Bien à l'abri dans leur barrique, ils auront le temps de s'affiner, de s'arrondir... C'est dans un an seulement qu'ils seront mis en vente.
La nature dans le viseur
Amédée Mathier n'a pas lésiné pour faire partager son enthousiasme aux journalistes invités à l'occasion du Salon des vins de Vinea. Visite de la cave, présentation des amphores, dégustation dans une cuve - quelques téméraires s'y sont risqués, fort bien reçus il faut l'avouer par un jeune serveur de l'Institut hôtelier César Ritz -, balade dans le vignoble et agapes de luxe dans une demeure familiale au coeur des vignes.
Leitmotiv de la journée: la nature. Si Albert Mathier&Fils cultive déjà 2 hectares en bio, dans le centre de Finges, on sent que la maison est prête à faire un pas de plus. «Passer en biodynamie pour Finges? Mettre le domaine de Ravoire en bio? Nous y songeons», affirme Amédée pour qui l'important aujourd'hui est de consolider les acquis et de se concentrer sur la nature.
Albert Mathier&Fils posséde 30 hectares de vignes et en vinifie trente autres. On trouve dans leur assortiment 26 cépages et plusieurs types de vins, qui se distinguent régulièrement. Dernière médaille d'or en date: celle du Rhoneblut - Pinot noir de Salquenen AOC Valais remportée au Mondial du pinot noir 2010. |